En 1930, les cours du riz commencent à s'effondrer. Alors que la péninsule Indochinoise est une zone géographique qui comprend tous les pays entre l'Inde et la Chine, donc aussi la Thailande, la Birmanie et la Malaysie. Parmi les indigènes, les peuples vietnamien (viêt, appelé à l'époque annamite), khmer et lao sont les plus nombreux. En mai 1952, les Français estiment avoir suffisamment nettoyé la région du delta du fleuve Rouge ; ils doivent cependant compter, pour obtenir un effet durable, sur la capacité du régime de Bảo Đại à entreprendre des réformes et prendre en charge l'administration. Les réformes ne sont finalement pas appliquées, mais cet épisode est le signe de la volonté des Français de renforcer leur contrôle sur le Cambodge. Tout en demeurant un établissement privé, la Banque de l'Indochine se voit octroyer des fonctions de banque d'émission et de banque centrale, avec des prérogatives inhabituellement larges, dont le monopole de l'émission de la monnaie, le contrôle du taux d'escompte et celui du taux de change. La monnaie qui circulait en Indochine de 1885 à 1952 était la piastre indochinoise. Hem Chieu, malade, meurt l'année suivante au bagne de Poulo Condor. L'administration coloniale fournit au XXe siècle des efforts non négligeables pour étudier les cultures indochinoises, voire pour les revitaliser. Environ 42 millions de piastres sont investis entre 1931 et 1940 dans les grands travaux hydrauliques[211]. En 1939, l'Indochine compte 367 médecins dont 216 indigènes, 3623 infirmiers et sage-femmes, et 760 accoucheuses rurales (ba mu). Alors que la péninsule Indochinoise est une zone géographique qui comprend tous les pays entre l'Inde et la Chine, donc aussi la Thailande, la Birmanie et la Malaysie. Outre cette main-d'œuvre, les Français ont la possibilité d'utiliser les forces armées indochinoises ; le commandement — notamment Joffre — est cependant rétif à cette idée, car peu convaincu des « vertus guerrières » du peuple annamite. Le Laos, pays sous-peuplé et ethniquement très hétérogène, historiquement tourné vers le Siam, n'est avant la conquête qu'un ensemble de principautés et de royaumes unis par des liens de vassalité[70]. Il reçoit cette fois l'aval du Komintern qui, souhaitant que le mouvement puisse séduire l'ensemble des peuples de l'Indochine, lui impose à la fin de l'année de rebaptiser son mouvement Parti communiste indochinois (PCI). Dieter Nohlen, Florian Grotz & Christof Hartmann, Jacques de Folin, « Les belligérants à la table des négociations », dans. Est-ce désirable ? Pendant la Première Guerre mondiale, cependant, il est lui aussi gagné par une agitation politique importante, pour des raisons essentiellement économiques. Le camp finit néanmoins par tomber le 7 mai, au terme de combats sanglants, la veille de l'ouverture à Genève des négociations sur l'Indochine. Les négociations butent cependant sur les exigences de l'État du Vietnam, qui demande davantage d'autonomie, tandis que le Cambodge et le Laos, inquiets à l'idée de se retrouver face à un Vietnam fort, comptent toujours sur la protection de la France[388]. Parallèlement aux blocages politiques, l'économie indochinoise est très profondément perturbée par la guerre : une partie des mines et des rizières, dans les territoires où agit le Việt Minh, échappe totalement aux autorités officielles[389]. Alors que les communistes continuent de renforcer leur influence, les nouvelles tentatives de réforme ne remportent aucun succès. Au cours de son second mandat, Sarraut, conseillé par son directeur des affaires politiques Louis Marty, pousse plus loin ses audaces : les collèges électoraux sont élargis, afin de renforcer la « collaboration franco-annamite » (en vietnamien, Phap Viet dê huê)[58]. Ce dernier, qui revendique dès lors le trône, apporte aux indépendantistes la légitimité monarchique. Entre-temps, la succession de crises politiques en Indochine — et notamment l'épisode du congrès vietnamien d'octobre, qui a provoqué une émotion considérable — a exaspéré la classe politique française. L'a… Mais il échoue sur le long terme à imposer ses vues face aux colons et aux fonctionnaires conservateurs, qui finissent par obtenir son départ en 1928[117]. Après 1815, la France ne peut pas revendiquer ces territoires, trop lointains, et à l'époque, l'argent manque, la situation sociale est instable, et la restauration de la monarchie est fragile. Saïgon, Hanoï et Haïphong bénéficient de conseils municipaux mixtes (Français et indigènes) mais leur marge de manœuvre est très limitée. De nombreuses manifestations sportives et culturelles sont organisées. L'empire annamite renonce en outre à sa suzeraineté sur le Cambodge[11],[12]. Les français nés après 1928 d'unions mixtes bénéficient automatiquement de la nationalité française, ce qui peut impacter le décompte. Malgré l'existence d'une ancienne élite aristocratique, le développement d'une bourgeoisie locale et d'une classe d'employés de l'administration coloniale, les indigènes demeuraient placés dans une situation d'infériorité et connaissaient des conditions de travail parfois très dures. Les milieux économiques, et notamment l'industrie lyonnaise du textile qui cherche de nouvelles sources d'approvisionnement en Asie, souhaitent pour leur part rattraper l'important retard pris par la France sur le Royaume-Uni. Toujours très active au Tonkin, l'Armée populaire vietnamienne est en difficulté en Cochinchine, où la population lui est moins favorable et où Nguyễn Bình a du mal à faire face à la répression mise en œuvre par les Français et les services de sécurité de Nguyễn Văn Tâm. Cependant, leur implantation dans le Sud de la péninsule indochinoise est désormais réussie. À partir de 1937, les autorités tentent d'y remédier en lançant un programme de construction de HLM, dont bénéficient quelques dizaines de familles issues des couches supérieures du monde ouvrier, ou des employés des services publics. Les rapports franco-vietnamiens se dégradent d'autant plus que le gouvernement Mayer décide unilatéralement, au printemps 1953, de dévaluer la piastre pour mettre fin au trafic de devises, malgré les protestations de Bảo Đại[416],[415]. L'URSS obtient que la république populaire de Chine — qui n'est alors pas reconnue par l'ONU — participe aux pourparlers. Ces états ont obtenus leur indépendance à partir de mai 1954. 9 000 deviennent infirmiers et 5 000 automobilistes. Les déclarations d'intention du nouveau haut-commissaire sont bien accueillies par le roi, qui accepte un modus vivendi avec la France en attendant que le statut de son pays soit élaboré, et forme en janvier 1946 un nouveau gouvernement dirigé par son oncle le prince Sisowath Monireth[328]. Pareillement, le général Alessandri demeure bloqué en Chine : lui et ses 5 000 hommes rescapés du 9 mars ne sont pas autorisés à pénétrer au Tonkin avec les troupes de Tchang Kaï-chek[310]. Le 13 août 1945, le Việt Minh crée un Comité national d'insurrection et décide du soulèvement général. Le plus important parmi ces nouveaux cultes est le caodaïsme, qui naît en 1926 en tant que cercle ésotérique au sein d'une association spiritiste animée par des notables cochinchinois, puis devient une religion syncrétique mélangeant croyances occidentales et asiatiques dans une synthèse parfois à la limite du « bric-à-brac »[d]. Le soir du 9 mars 1945, l'amiral Decoux reçoit l'ambassadeur japonais, qui lui présente alors un ultimatum exigeant que les forces françaises soient placées sous commandement nippon. En Indochine, l'équilibre des forces est bouleversé par le passage au communisme de la Chine, qui partage désormais avec le Vietnam 1 400 kilomètres de frontière : le Việt Minh commence, dès février 1950, à recevoir des armes et du matériel chinois. En Indochine, l'administration française s'appuie sur un arrêté du 29 août 1939, qui ouvre le droit de réquisition sur tout le territoire : environ 27 000 Indochinois sont envoyés en Métropole avant l'invasion allemande de juin 1940, la grande majorité ayant été recrutés de force dans le milieu des travailleurs pauvres du Tonkin, de l'Annam, et dans une moindre mesure de la Cochinchine. L'ancienne résidence du gouverneur général à Hanoï est aujourd'hui le palais présidentiel du Vietnam. Mais les Japonais imposent alors une « médiation » favorable à la Thaïlande dont ils recherchent l'alliance : le 9 mai 1941, Vichy est contraint de signer un traité de paix qui ampute le Cambodge et le Laos de leurs provinces occidentales.