♥♥ Malgré la présence de la belle Anna Mouglalis et l'interprétation solide de Xavier Legrand, je n'ai pas succombé au charme de "Mademoiselle Julie", actuellement au théâtre de l'Atelier, dont Julie Brochen signe une mise en scène trop sage et lisse à mon goût. Strindberg avoue que lui-même ne cherche dans cette œuvre qu'à moderniser la forme théâtrale, sans invention artificielle et superflue, uniquement pour répondre à la demande du public. On retrouve dans ce passage, mieux qu'une direction d'acteurs, mieux qu'une didascalie externe, le point de vue d'un éclairagiste de talent dont le génie d'observation, essentiellement naturaliste, est rarement élevé à ce niveau. Strindberg est l’unique protagoniste de la totalité de sa production dramatique[B 1]. Il symbolise à lui seul le harakiri de son seigneur, la loi intérieure de la conscience qui pousse le maître à s'ouvrir le ventre lorsqu'il se sent insulté, une coutume nipponne qui survit sous une forme modifiée, privilège de la noblesse : le duel. Ne reste plus qu’à glisser du théâtre comme spectacle au théâtre comme modèle, de la scène au discours philosophique. À moi ? ». ». Jean veut s’élever, Julie rêve qu’elle tombe. Mademoiselle Julie est une pièce structurellement « classique » au sens le plus strict du terme. Ce n'était pas le moment. Soit elle est une réaffirmation des objectifs de Strindberg après qu'il a écrit Mademoiselle Julie, soit elle développe de nouveaux principes témoins d’une évolution chez Strindberg après l’écriture de sa pièce[E 4]. Les influences sont trop multiples pour vraiment parler de déterminisme générique lié à la seule hérédité. Julie coupable ou innocente ? En fait, un « cinéaste très visuel » ne pouvait qu'être tenté par l'expérience, une expérience préparée, présentée par Strindberg lui-même dans sa « préface ». Pourtant l'amour qui engendre le besoin de reproduction par le vouloir-vivre constitue l'histoire tragique de l'humanité. Charles XIII mort d’un accident de cheval en 1810, Jean-Baptiste Bernadotte lui succède sous le nom de Charles XIV Jean qui, bien qu'ancien maréchal d'Empire, familier de Napoléon Ier, se sépare de la France après l’invasion de la Poméranie suédoise. L’intention déclarée de Strindberg dans sa « préface », était d’en faire un personnage tout à fait secondaire, juste bon à dépeindre les gens ordinaires et sans intérêt véritable. Aborde le point de vue de Strindberg sur les femmes. En fin de compte, au cours de cet entretien que Juliette Binoche, la Julie de Frédéric Fisbach, lui a accordé entre deux répétitions de Mademoiselle Julie au festival d'Avignon, le journaliste cherche à mieux cerner la personnalité extrêmement complexe de la jeune aristocrate créée par le dramaturge suédois à travers ce que la jeune actrice française en a compris et ressenti. Elle s’accroît surtout dans les zones rurales ce qui provoque des troubles sociaux. Cependant dès la première moitié du XIXe siècle, le pays connaît une très forte industrialisation grâce à des progrès technologiques fulgurants. En revanche, la psychologie personnelle et partiale de Strindberg est bien supérieure à sa capacité à créer une représentation cohérente et universelle de l'âme humaine, même en tenant compte du fait que Mademoiselle Julie est marquée du sceau de la « désillusion des femmes[C 5] ». En réalité, pour lui « ce n’est pas l’amour de la vie qui nous retient mais la peur de la mort ». 1999 : Mademoiselle Julie (Miss Julie) 1999 : La Fin de l'innocence sexuelle (The Loss of Sexual Innocence) 2000 : Timecode; 2001 : The Battle of Orgreave; 2001 : Hotel; 2002 : Ten Minutes Older: The Cello (Segment About Time 2) 2003 : La Gorge du diable (Cold Creek Manor) En outre, pour Schopenhauer il n'y a aucune différence entre la passion et l'instinct. Le comte n'apparaît pas sur scène. Le fait est que le naturalisme strinbergien diffère quelque peu des grands naturalistes français. Il défend en même temps la conception du théâtre d'Art annoncé par Antoine « Le Théâtre-Libre vivra [...] par l’art et pour l’art ». Pourquoi ne fait-elle rien pour empêcher l'inéluctable, se réfugiant dans ses casseroles et dans son rôle, un peu lâche, volontairement aveuglant, de cuisinière de ses maîtres ? Jean, lui, contrairement à Julie, n'est pas astreint à ce code de l'honneur, une valeur noble, certes, mais un handicap sérieux en un temps où il est difficile de préserver une espèce. Le dramaturge sait pertinemment que nombre de critiques n’accepteront pas sa tragédie parce que, précisément, la logique qui porte l’intrigue ne se donne pas immédiatement à saisir et qu’elle doit donner lieu à une multitude d’interprétations causales. On y retrouve aussi des conseils précieux qui auraient probablement aidé les actrices du cinéma muet... Mais il est certain que les choix techniques de Nicolas Klotz sur les gros plans doivent beaucoup au Suédois et à ses recherches en matière d'innovation théâtrale. ». Ce qui intéresse le metteur en scène Gian Manuel Rau, ce n'est pas la différence de classe qui pervertit la relation de la demoiselle et du valet qu’elle cherche à séduire : « ça Elle a sacrifié tout son être à Jean ce qui la culpabilise car elle ne parvient à deviner dans le projet de l'autre que le plaisir ou le calcul. Jacques Robnard, « 1888-1982 : une Julie presque centenaire ». On pense évidemment aux indications techniques de Strindberg dans sa « Préface à Mademoiselle Julie ». La foi est une grâce particulière qui n'est pas donnée à n'importe qui, explique-t-elle à Julie, en ajoutant qu'il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer au royaume des cieux et que les derniers seront les premiers. Reprend la thèse de Giero, mais le français dans lequel l'article est écrit est particulièrement déplorable. […] [Il] me tient d’ailleurs pour le plus grand psychologue de la femme[I 4]. En outre, Henderson est insensible aux déclarations de principe de Strindberg sur les conflits de classe entre l'aristocratie et la paysannerie. Julie et Jean ne sont pas des personnages dénués de caractère ; ce sont des facettes de la personnalité aberrante de Strindberg. Né le 22 février 1788 à Dantzig en Prusse, mort le 21 septembre 1860 à Francfort-sur-le-Main, le philosophe allemand a marqué son siècle de son empreinte. Que ce soit pour ses qualités ou ses défauts, Williams affirme que Mademoiselle Julie « doit être acceptée pour ce qu'elle est, à la fois dans son étrangeté et sa puissance », alors que la préface, au contraire, ne doit être envisagée que comme une source secondaire, un moyen supplémentaire de discerner son véritable sens, son essence, sa nature propre[F 5]. Peut-être aussi son ennemie de classe... Nietzsche et Strindberg se sont influencés l'un l'autre, pénétrés eux-mêmes de sciences médicales modernes, en particulier la psychologie expérimentale de Ribot. Au lieu d'une recette toute faite facile à imiter et à réaliser, la « préface » de Strindberg décrit à grands traits parfaitement clairs des objectifs structurels et thématiques. Mais le fait est, selon Heller, que l’œuvre de Strindberg, malgré ses bonnes intentions, « n’a rien ajouté à ce qu’on avait déjà compris de l’homme[B 4] ». ». Quinze jours de tournage, pendant les répétitions et les premières représentations, avaient été nécessaires à Nicolas Klotz pour réaliser ce « film de théâtre ». Mademoiselle Julie est une pièce de théâtre d'August Strindberg, adaptée à l'écran par Liv Ullmann. Peu importe que Julie soit une nymphomane déchirée entre son désir et son mépris des hommes. Et moi, je n'étais pas assez en forme pour affronter ses méthodes de tournage magnifiquement perverses. Ce cynisme se traduit par opposition à l'autorité de l'aristocratie qu'il sert. Liv Ullmann la Norvégienne a beaucoup côtoyé l'oeuvre du Suédois Strindberg, avec Ingmar Bergman. La pièce d’August Strindberg a suscité de nombreuses controverses et provoqué un débat critique[Ba 1] assez diversifié. En outre, Strindberg lui-même insiste dans sa « préface » sur la nécessité d'une lecture plurielle de son œuvre ce qui induit plusieurs interprétations possibles du caractère et des intentions de ses personnages : Mademoiselle Julie, selon Strindberg, est un personnage « moderne », ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas existé de tout temps, mais que désormais découverte, elle se montre au grand jour et se fait entendre. ». Et l'actrice s'est reconnue dans le caractère de Julie : « C'est le travail qui m'a permis de me découvrir. lieu : la théâtrocratie, la foi aberrante en une prééminence du théâtre, en un droit naturel qu’aurait le théâtre de régner sur les arts et sur l’Art… Mais il ne faut pas se lasser de clamer à la face des Wagnériens ce qu’est le théâtre : toujours un en deçà de l’art, toujours quelque chose de secondaire, de grossi, quelque chose de gauchi, de forgé de toutes pièces à l’usage des masses ! L'un et l'autre la déduisent — c'est du moins leur intention déclarée — d'une observation « scientifique » du sujet à examiner. Vous savez peut-être que je ne suis pas pour l'abstraction. Yann Plougastel, en exergue d'un article du 9 juillet 2011, précise que « la rencontre de Juliette avec Julie semble évidente[a 2] ». On pensait alors que les situations et les postures traitées étaient moralement et socialement subversives. 1890, Irlande. "Mademoiselle Julie… On peut légitimement en douter, car, sans aucun doute, le lecteur/spectateur est entraîné par l'auteur à se poser la question unilatérale de la culpabilité de Julie sans jamais être appelé à juger vraiment le comportement de son partenaire. ». C'est extrêmement déroutant et angoissant. La crise agricole et la naissance d'une industrie moderne provoquent l'émergence de mouvements populaires ("Folkrörelser") qui contribuent à émousser les valeurs aristocratiques traditionnelles. Un ancien employé du gaz devenu metteur en scène, André Antoine s'y installe le 20 octobre 1888 lui donnant le nom de « Théâtre-Libre ». Mais s’ils mettent en garde contre une posture unique qui consisterait à privilégier le commentaire de Strindberg-critique par rapport à Strinberg-auteur dramatique, ils ne rechignent pas à employer l’explication biographique pour prouver l'impact de la « préface à Mademoiselle Julie ». Toujours selon Strindberg, Julie fait partie d'un type de femmes, toujours plus nombreuses, qui pensent et veulent agir en hommes. Il aspire au moment où nous aurons mis au rebut ces mécanismes inférieurs et peu fiables que nous appelons les sentiments, devenus superflus lorsque nous aurons atteint la plénitude de la maturité de notre jugement[A 3]. .... http://gowith-theblog.com/crit... La petite bouffée d'air frais de la rentrée avec "Gemma Bovery" ? Mademoiselle Julie, aristocrate de la fin du XIX e siècle (chez Strindberg), est ici plongée dans les quartiers chics de Rio de Janeiro. Confrontée à la réalité, elle finit en héroïne tragique, parce que son combat est contre nature, héritière qu'elle est d'un romantisme dissipé par le naturalisme. Tous les spectacles sont annulés depuis le 30/10/2020 et jusqu'à la fin du mois d'avril 2021 (voir la liste complète des spectacles annulés ici) ... MADEMOISELLE JULIE. Il n'est donc pas anodin qu'Antoine y choisisse d'y faire représenter Mademoiselle Julie, les 16 et 17 janvier 1893 avant que le 13 décembre 1894 Georges Loiseau, cousin d'Alexandrine Zola et familier du romancier, ne décide de faire représenter Père. Là où la plupart déplorent la misogynie de Strindberg, Binoche se reconnaît, femme moderne, dans ce « demi-femme », « moitié homme, moitié femme ». Juliette Binoche qui jouera le rôle au festival d'Avignon a pu la comparer à Hamlet[a 1]. Mademoiselle Julie (Fröken Julie, Ett naturalistiskt sorgespel) est une « tragédie naturaliste » en un acte de l'écrivain suédois August Strindberg créée à Copenhague le 14 mars 1889 dans une mise en scène de l'auteur, avec Siri von Essen[1], son épouse, dans le rôle-titre. « Symbole de décadence et de corruption, [...] Jean ne la fouette que parce qu'il est un homme. Et peut-être que madame Ullman se soucie fort peu du box-office et c'est fait un réel plaisir (personnel, tout comme son illustre Bergman) pour réaliser cette Mlle Julie. C'est la définition même de la tragédie : un dilemme sans choix possible. Il fait dire au personnage Julie dans la pièce : « C'est lui qui m'a élevée dans le mépris de mon propre sexe, moitié femme et moitié homme ». Si Jean reste au service du comte qu'il respecte et redoute, c'est qu'il lui est impossible de le quitter comme si sa qualité de valet était son essence même. Ces conclusions semblent souligner la relation dynamique entre les personnages fixes ou évolutifs décrite par Strindberg. Il postule Mademoiselle Julie comme une mimésis de l'intériorité. Strindberg, ne dénonce pas la situation des femmes, il la voit telle qu’elle est. [...] Mais il y a sûrement là, entre vous et moi, une question de race[9]. ne falsifie-t-il pas la forme du nez, ne projette-t-il pas des ombres sur les yeux ? Sa mère l'a élevée dans « le mépris de l'autre sexe, la haine des hommes ». », Aussi bien Nietzsche que Strindberg désirent ardemment la reconquête de cet art tombé entre les mains des « crétins frottés de culture, petits blasés, “éternels-féminins”, bien digérants[I 11]. Elles lui servent d’exutoire et de paravent aux fautes ou aux péchés, même si son caractère l’en préserve naturellement. Certes, les critiques ont appris à tisser des liens différents avec le passé mais August Strindberg, critique de son propre travail dans sa « préface », avait déjà su mettre en place, consciemment ou non, les orientations fondamentales et les règles de base de la plupart des lectures possibles de son œuvre.